BRION (G.)


BRION (G.)
BRION (G.)

BRION GUSTAVE (1824-1877)

Comme Schuler (qui fut d’abord un illustrateur), Brion est un peintre de l’Alsace, dont l’œuvre, après 1870, touche le public du Salon par la fibre patriotique des «provinces perdues». Né à Rothau dans les Vosges dans une famille où l’on se faisait volontiers pasteur, il était le petit-neveu de Frédérique Brion, l’amie de Goethe. En 1831, sa famille s’installe à Strasbourg, où il reçoit sa formation artistique dans l’atelier du sculpteur Friedrich puis du peintre Gabriel-Christophe Guérin (1841-1844). Par la suite, selon un schéma de carrière habituel, il se fixe à Paris jusqu’à sa mort, mais il gardera toujours un contact avec son Alsace natale: Il vint à Paris, en 1850, pour faire une copie du Dante d’Eugène Delacroix et exposa au Salon de 1852 le Chemin de halage (acquis par les Goncourt, ses premiers amateurs). En 1853, les Schlitteurs de la Forêt-Noire et La Récolte de pommes de terre pendant l’inondation lui valurent une médaille de deuxième classe. Il donna à l’Exposition universelle de 1855 le Radeau sur le Rhin et le Jeu de quilles ; en 1861, la Noce en Alsace , le Repas de noce , le Benedicite et la Batterie de machines de guerre , tableau acquis par l’empereur; en 1863, Jésus et Pierre sur les eaux et les Pèlerins de Sainte-Odile ; en 1864, la Fin du déluge , la Quête au loup ; en 1865, le Jour des rois en Alsace , en 1868, une Lecture de la Bible . «M. G. Brion, qui avait eu deux rappels de médaille de deuxième classe [...], obtint au Salon de 1863 une médaille de première classe et la décoration de la Légion d’honneur. Il a eu une deuxième médaille à l’Exposition universelle de 1867 et une médaille d’honneur en 1868.» L’énumération par Vapereau (Dictionnaire universel des contemporains , 1870) des succès du peintre au Salon et de ses récompenses sous le second Empire indique les thèmes favoris de cet artiste «officiel»: oscillant entre la scène de genre et la peinture d’histoire à sujet religieux, Brion évoque le folklore et la vie paysanne de sa province, ses croyances et ses coutumes, qu’il traite d’une manière réaliste et minutieuse dans un style germanique... Dans ses petites toiles d’après 1870 pourtant se manifeste l’influence impressionniste. Son travail de peintre (dont les sujets rejoignent ceux de Millet) se fonde sur une véritable enquête ethnographique qui fait songer aux «carnets d’enquête» qu’Émile Zola, l’écrivain naturaliste, rassemble pour la matière de ses romans; c’est ainsi que les Goncourt parlent d’un «daguerréotype réussi» à propos de l’une de ses toiles.

C’est pourtant un autre aspect de son œuvre qui intéresse Van Gogh, dans une lettre à Théo d’août 1899: «Et Brion, oh! un faiseur de tableaux de genre alsaciens, me dira-t-on, [...] il a fait [des tableaux] qui sont en effet alsaciens. Lorsque personne ne se trouve à même d’illustrer Les Misérables , lui pourtant le fait d’une façon jusqu’à présent pas surpassée et il ne se trompe pas dans ses types...» Le jugement de Van Gogh vaut pour le peintre autant que pour l’illustrateur: il détecte un autre Brion derrière le peintre «à médailles», celui qui, sur les traces de Victor Hugo, «illustre», c’est-à-dire représente et rend illustre, les «misérables», et qui, vu sous cet angle, apparaît davantage un disciple de Courbet, ce peintre de la Franche-Comté rurale et de la misère paysanne. En 1862, Brion dessine, précisément, les illustrations des Misérables pour l’éditeur Hetzel. Ses fusains (Maison de Victor Hugo, Paris), gravés sur bois de teinte, furent photographiés et vendus 25 centimes pièce; leur réunion en album montre les «types» du roman: «Je vois mes personnages vivre sous le crayon de Brion [...], c’est bien Javert, c’est Thénardier et c’est ma petite Cosette que j’ai sous mes yeux, triste et touchante», disait Victor Hugo (d’après Émile Bayard, L’Illustration et les illustrateurs , 1897).

Ses illustrations pour Notre-Dame de Paris (Hetzel et Lacroix, 1865) seront, comme celles des Misérables , reprises dans l’édition Hugues dite «du Victor Hugo illustré» en 1876-1877. Dans cette édition, il donne de grands dessins au crayon noir et au fusain (Maison de Victor Hugo) pour Quatrevingt-Treize (1876), dans lesquels il se souvient de son séjour breton à Quimperlé en 1855. Cette vaste contribution graphique aux œuvres de Hugo demeure le meilleur de son travail d’illustrateur, qui l’avait aussi conduit à mettre en images le chansonnier Bérat (en 1853), Dumas fils (en 1866) ou des journaux illustrés comme Le Journal pour tous et La Semaine des enfants .

Encyclopédie Universelle. 2012.

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